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DE QUOI AS-TU BESOIN, MONSIEUR LE DÉNUDÉ ?  D’UNE BAGUE, MONSEIGNEUR !

De quoi as-tu besoin, monsieur le dénudé ? D’une bague, monseigneur !

Cette phrase représente un adage puissant issu de la sagesse populaire marocaine. Avant de l’expliciter, il convient d’en préciser le contexte. Il y a longtemps, un calife effectuait une tournée à travers sa ville pour connaître les conditions sociales de son peuple. Il rencontre un homme complètement dévêtu. Il voudrait exaucer son vœu. Il lui pose la question suivante : toi, dévêtu, de quoi as-tu besoin ? La personne répond, j’ai besoin d’une bague, Monseigneur.

On aurait pu penser que cet homme demanderait de quoi se vêtir, au lieu de cela il demande une bague qui ne le couvrirait absolument pas.

Cet adage contient au moins quatre symboles puissants :

– Le symbole de la déchéance. Ici, la personne dénudée est au bas de l’échelle de la société.

– Le symbole de l’absence de réalité. La personne n’a aucune conscience de sa condition de dévêtue manquante de tout.

– La recherche du superflu

– La dépendance d’un système, ici représenté par le calife. Cependant, dans la démocratie actuelle, ce pourrait-être la dépendance à un état providentiel.

Un adage d’actualité

Cet adage, bien qu’ancien, correspond à une réalité et à la vie quotidienne présente ou passée.

Auparavant, sous l’empire antique romain, les citoyens, bien que miséreux, recherchaient des compensations dans les jeux d’arènes. Ceci suffisait pour combler leurs misères.

Lorsque l’Empire romain entrait en décadence, l’empereur s’enrichissait à outrance en dépouillant le peuple. Ces derniers, au lieu de se révolter, venaient dans son palais pour lui soumettre leur servilité. Le fait d’être reçus par l’empereur leur suffisait comme cette bague pour la personne dévêtue.

D’après quelques livres d’histoire, lors de crises économiques sévères, les humains recherchaient le superflu en achetant des objets de luxe.

Un aspect qui a été décrit par Bourdieu consiste en ce que la classe bourgeoise contamine la classe prolétaire qui désire lui ressembler. Des ouvriers, au bas de l’échelle sociale, s’endettent par des crédits qui durent 20 ans à 30 ans pour ressembler à cette classe bourgeoise ou aristocratique, sans jamais y parvenir. Ils ne font, par leurs efforts, qu’enrichir cette classe déjà riche.

Tolstoï, dans la mort d’Ivan Ilitch, décrit une classe d’arrivistes qui s’endettent pour imiter la classe aristocratique. Ils accrochent des tableaux qui sont en fait des imitations en toc, leurs maisons finissent par se ressembler dans la médiocrité.

Plus proche de nous, dans la démocratie occidentale contemporaine, beaucoup de personnes en bas de l’échelle se croient supérieures parce qu’elles adhèrent à des idées extrêmes. Cette radicalité représente la bague du dévêtu.

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cet adage marocain, je vous invite à y réfléchir et à le transposer sur des situations que vous jugerez adaptées.

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